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Bella e perduta

Réalisé par Pietro Marcelo
Italie - 2015 - 1h26
Sortie le 1er juin 2016 (Shellac)
Grand Prix / Festival International du Film de La Roche sur Yon 2015

Tommaso, simple berger, veille jusqu’au jour de sa mort sur un palais abandonné dans la région de Naples en proie aux pillages et réduit à l’état de décharge par la camorra. Polichinelle émerge alors des profondeurs du Vésuve pour accomplir sa dernière volonté : prendre soin d’un jeune buffle. Ils voyagent ensemble à travers les paysages sublimes de l’Italie. Entre mythe et réalité, une fable sur l’Italie contemporaine, belle et perdue...

Ainsi de l’objet le plus envoûtant croisé à ce stade parmi les prétendants au léopard d’or, qui sera remis samedi : Bella e Perduta du documentariste italien Pietro Marcello (révélé en 2010 avec la sortie en France de la Bocca del Lupo). Un film éclos du deuil d’un autre projet, emporté en même temps que son protagoniste, Tommaso Cestrone, agriculteur devenu malgré les sommations de la Camorra l’ange gardien et bénévole du palais de Carditello, une ruine sublime de la région napolitaine, en proie aux déprédations et à une infestation par les ordures. Initiée sous les auspices étranges d’une communauté d’individus masqués et rendus à un idiome de grognements animaux, cette chronique d’un dévouement à la splendeur enfuie d’une terre s’amende, après la mort (réelle) de Tommaso dans des circonstances mystérieuses, et adopte alors la forme de l’odyssée d’un bufflon que le défunt avait recueilli, bête douée de paroles baignées de mélancolie, et de son compagnon à forme humaine, une figure de Polichinelle qui entend enrayer la fatalité de l’abattoir. Incandescent de beauté solennelle comme irradiée par le soleil du sud de l’Italie, le film serpente telle une coulée d’images somptueuses, qui sont autant de sédiments de matières élémentaires agrégés par un courant pasolinien entre les rives du réel abîmé et du mythe, de la vie et la mort, de l’allégorie très politique des destinées migratoires et l’extension poétique de la communauté du sensible à tout ce en quoi palpite quelque vie.

Julien Gester – Libération


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