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Gaz de France

Réalisé par Benoît Forgeard
France - 2015 - 1h26
Sortie le 13 janvier 2016 (Shellac)
Sélection ACID - Festival de Cannes 2015
Soutien ACID

Dans la France des années 2020, Michel Battement, l’éminence grise du chef de l’état, doit d’urgence remonter la cote de popularité du président Bird afin d’empêcher la chute imminente du régime. Au fin fond des sous-sols surchargés de l’Élysée, il organise une consultation secrète, en compagnie des meilleurs cerveaux du pays.

(…) Gaz de France, qui pour tout un tas de raisons bénéficiait d’un buzz incroyable avant même que quiconque le voit, creuse le sillon de l’angoisse et de l’expérimentation tout en amenant le spectateur a se poser des questions politiques pertinentes… mais nous n’en dirons ici pas plus.
(…) Si sur le fond sa nouvelle oeuvre surprend par son ambition, la forme se conforte au départ à un modeste film en studio. Les confrontations entre le panel du peuple et le président lors d’un débat télévisé montrent rapidement la maitrise évidente qu’a Benoit Forgeard du cadre et la façon dont l’image dialogue avec les spectateurs. Mais on regrette assez vite les petites folies visuelles de Réussir sa Vie. Déception qui s’atténue avec le temps au vu de certaines séquences, qui confirment que Benoit Forgeard n’est pas un simple rigolo, mais un cinéaste en pleine possession de ses moyens. On en veut pour preuve la façon dont il utilise aussi bien le cadrage que le sens du montage pour montrer comment le président, marionnette aux mains de son homme de confiance, reprend le pouvoir et décide d’imposer ses propres idées. Progressivement, sa réflexion sur les nouvelles images pointe le bout de son nez, et au détour d’un plan, ou d’une séquence, Gaz de France rappelle autant le travail de Bill Viola que les expérimentations du glitch art, art du bug, qui peuple Youtube. Contrairement a Réussir sa vie, l’influence de l’art contemporain est totalement digérée et n’empêche en rien de rentrer dans le film. Plus tard c’est une nouvelle fois Georges Franju que le cinéaste convoque pour une séquence cauchemardesque, et pourtant magnifique, qui prend la forme d’un hommage au bal masqué de ce petit bijou qu’est Judex. C’est bien dans cette tradition du cinéma fantastique poétique qu’à l’instar de Yann Gonzalez, se situe le cinéma de Benoit Forgeard. Une fois encore, l’ACID, la plus discrète des sélections parallèles nous offre à voir un film amené a faire bouger les lignes du cinéma français, autant dans sa conception que dans la radicalité de son discours.

Martin Gaelm – Mediapart


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