Accueil du site > Aller au ciné > Nous aimons > Grand Central

Grand Central

Réalisé par Rebecca Zlotowski
France – 2013 – 1h35
Sortie le 28 aout 2013
Sélection Un Certain Regard - Festival de Cannes 2013

Gary est jeune, agile, il apprend vite. Il fait partie de ceux à qui on n’a jamais rien promis. De petits boulots en petits boulots, il est embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il trouve enfin ce qu’il cherchait : de l’argent, une équipe, une famille. Mais l’équipe, c’est aussi Karole, la femme de Toni dont il tombe amoureux. L’amour interdit et les radiations contaminent lentement Gary. Chaque jour devient une menace.

Dose de radioactivité ou dose d’amour ? C’est le propre de Grand Central de ne pas les démêler, parce que l’une et l’autre sont, aux yeux de Rebecca Zlotowski, tout aussi dangereuses. La radioactivité s’insinue, invisible, dans les corps, tandis que l’amour bouleverse les âmes et perturbe les relations entre les êtres, ceux qui doivent pourtant être solidaires au travail, dans la centrale, pour éviter les accidents.
Grand Central ne développe pas directement une thèse sociale, ce n’est pas un film à charge contre l’industrie du nucléaire. Cependant, les conditions de travail y sont précisément montrées, et les risques démesurés auxquels sont confrontés ces travailleurs au statut précaire relégués dans des mobile home. Ils sont ni plus ni moins de la chair à centrale. « Grand Central ne milite ni pour ni contre le nucléaire », dit Rébecca Zlotowski. Pourquoi dépolitiser à ce point son film ? A tout le moins, celuici n’offre pas du nucléaire une image très positive…
Mais Grand Central dépasse cette simple dimension. Plus que la centrale, le fleuve (le Rhône) est le lieu nourricier du film : il suggère toutes les sortes d’ondes et de fluides qui y circulent, mais aussi, sur ses rives, une végétation presque sauvage bien qu’accueillante et sensuelle pour les amoureux clandestins. Le fleuve, c’est aussi un paysage lyrique, des tableaux aux atmosphères changeantes en fonction des couleurs du ciel et de l’humeur des personnages. C’est exactement ce à quoi ressemble le film, où la lumière, la musique et la manière dont la cinéaste filme le visage de ses comédiens créent des ambiances renouvelées, entre la tension du danger, la puissance du désir ou la déroute des sentiments. Tahar Rahim y imprime une nouvelle fois l’évidence de sa présence, tandis qu’il émane de Léa Seydoux un érotisme forcément fatal.
Christophe Kantcheff – Politis


Espace adhérents | | @elastick.net