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I Used to be darker

Réalisé par Matthew Porterfield
USA - 2012 - 1h30
Sortie le 25 décembre 2013 (ED Distribution)
Recommandation GNCR

Taryn s’enfuit de son Irlande natale pour les Etats-Unis. Un événement la pousse à trouver refuge chez sa tante et son oncle à Baltimore. Mais Kim et Bill ont leurs propres soucis : ils tentent tant bien que mal de faire face à la fin de leur mariage, pour préserver leur fille Abby, qui vient passer ses vacances après sa première année d’université.
Adolescents ou adultes, chacun tente de se libérer des liens familiaux et de se créer une nouvelle vie.

Matt Porterfield aime mettre des adolescentes dans des piscines. Dans Putty Hill, c’était une vieille bassine horssol, parsemée de feuilles mortes, où quelques jeunes filles se lovaient malgré le temps gris. Les filles ont grandi et sont presque adultes. La piscine aussi ; Taryn et Abby viennent s’y glisser la nuit, en sous-vêtements. Défier en douce les règles : c’est en quelque sorte la matrice agissante de ces deux cousines assez insaisissables, qui migrent d’une maison à l’autre, réinvestissent leurs lieux d’enfance, prolongeant le désoeuvrement subi de Putty Hill dans une version légèrement embourgeoisée, un retour au nid trop tardif.
(…) Porterfield propose un film sensible, où la choralité foisonnante de sa précédente oeuvre a évolué en une version plus discrète : d’abord, son filmage n’écarte jamais un second rôle, s’attarde sur tous les visages ; surtout il fait constamment basculer l’intrigue d’un personnage à l’autre, déplace le point de vue pour ne pas laisser la narration prendre une tournure univoque. En soutien, l’interprétation de la troupe de comédiens est posée, sans faille, dans une justesse pudique qui ne décline à aucun moment.
Tous les personnages de I Used to Be Darker jouent de la musique. C’est aussi un film sur la country, et sur l’expulsion des souffrances intérieures dans une matière à la fois créative et très folklorique, presque routinière. Ce rapport intime et quotidien à la chanson est un pan étonnamment peu exporté de la culture américaine, joliment célébré ici : tout le monde a une guitare, s’y confie nonchalamment. Ce sont toujours des morceaux plutôt beaux, bien qu’un peu plats ; se rapprochant, finalement, de ce qui caractérise cette façon de faire du cinéma : quelque chose de réglé, rien qui explose vraiment, mais une authentique justesse, beaucoup de sensibilité, d’humilité, et l’évidence d’un auteur qui croit à ce qu’il fait.

Serge Kaganski – Les Inrocks


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