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Keeper

Réalisé par Guillaume Senez
Belgique-France - 2015 - 1h31
Sortie le 23 mars 2016 (Happiness Distribution)
Grand Prix du Jury / Festival Premiers Plans 2016

Maxime et Mélanie s’aiment. Ensemble, ils explorent leur sexualité avec amour et maladresse. Un jour, Mélanie découvre qu’elle est enceinte. Maxime accepte mal la nouvelle, mais peu à peu se conforte dans l’idée de devenir père. Il convainc alors Mélanie de garder l’enfant. C’est maintenant décidé : du haut de leurs quinze ans, Maxime et Mélanie vont devenir parents…

Le choix scénaristique opéré par le jeune Guillaume Senez, ancien résident aux Ateliers d’Angers, comportait une prise de risque majeure. Deux adolescents vivant une amourette, peut-être éphémère, se retrouvent en position de devenir parents. Pour l’originalité, on repassera. Sauf que c’est précisément dans la manière de se démarquer du cliché, de construire des personnages dont on perçoit toutes les oscillations émotionnelles, que le film s’épanouit avec une grâce maladroite, pataude, à l’image de ces deux presqu’enfants qui prennent la vie en pleine poire. Dans Keeper, l’atterrissage brutal des deux ados au pays des adultes responsables est évidemment une impitoyable injonction à quitter pour toujours le pays des illusions. Leur décision de garder l’enfant, malgré les inévitables réticences de l’entourage, est pour les deux tourtereaux l’expression de leur singularité, l’affirmation de leur identité, et ils verront bien s’ils se trompent.
La trouvaille du film réside dans le contexte parallèle qui accompagne l’histoire de ce couple. Maxime, le jeune homme, fait l’apprentissage du dur et ingrat métier de gardien de but de football, « keeper » en anglais et en belge. Le gardien, même talentueux, se trouve souvent livré à lui-même face aux attaques du camp adverse, impuissant à modifier le cours du jeu, et c’est une habile analogie avec la situation de cette grossesse imprévue. Restait quand même pour le réalisateur à diriger les acteurs. Carton plein : Galatea Bellugi et Kacey Mottet Klein, les jeunes gens, sont formidables, frais comme des gardons, à l’image du film. Guillaume Senez est-il tombé sur deux grands comédiens en devenir ou possède-t-il déjà cette science subtile de la direction d’acteur ? A ce stade, nous aimerions croire que les deux hypothèses sont compatibles.


Jérémie Couston – Télérama


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