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L’Image manquante

Réalisé par Rithy Panh
Cambodge - 2013 - 1h32
Sortie le 21 octobre 2015 (Les Acacias)
Prix Un Certain regard - Festival de Cannes 2013
Soutien GNCR

Il y a tant d’images dans le monde, qu’on croit avoir tout vu. Tout pensé. Depuis des années, je cherche une image qui manque. Une photographie prise entre 1975 et 1979 par les Khmers rouges, quand ils dirigeaient le Cambodge. A elle seule, bien sûr, une image ne prouve pas le crime de masse ; mais elle donne à penser ; à méditer. A bâtir l’histoire. Je l’ai cherchée en vain dans les archives, dans les papiers, dans les campagnes de mon pays. Maintenant je sais : cette image doit manquer ; et je ne la cherchais pas - ne serait-elle pas obscène et sans signification ? Alors je la fabrique. Ce que je vous donne aujourd’hui n’est pas une image ou la quête d’une seule image, mais l’image d’une quête : celle que permet le cinéma. Certaines images doivent manquer toujours, toujours être remplacées par d’autres. Dans ce mouvement il y a la vie, le combat, la peine et la beauté, la tristesse des visages perdus, la compréhension de ce qui fut. Parfois la noblesse, et même le courage : mais l’oubli, jamais.

(…) L’Image manquante fait donc dialoguer histoire collective et individuelle – Rithy Pahn, alors adolescent, perd ses deux parents dans les événements –, la mise en scène des figurines et celle du régime par le biais d’images de propagande. Ce travail permet d’une part de formuler des images qui n’existent pas, d’autre part, il intègre une relecture des archives glorifiant l’édification de cette révolution intégrale, lesquelles portent les traces de la souffrance. Cette démarche renvoie au savoir voir et au retournement des images obéissantes contre leur commanditaires. _ (...) Touchant et prenant par son récit, L’Image manquante accède à une dimension supplémentaire par cette réflexion limpide sur le statut des images et ce qu’elles peuvent receler d’horreur, malgré elles. Aussi Rithy Panh déconstruit la perspective totalitaire du régime en le rendant à l’état d’un pays entré dans la plus terrible des fictions, où les individus sont réduits à l’état de figurants, à l’image de la fixité tragique des personnages de terre cuite (…).
Arnaud Hée – Critikat.com


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