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Les Mille et une nuits

Réalisé par Miguel Gomes
Portugal - 2014 - 2h11
Sortie le 24 juillet 2015 (Shellac Distribution)
Quinzaine des réalisateurs - Festival de Cannes 2015
Soutien GNCR

Dans un pays d’Europe en crise, le Portugal, un réalisateur se propose d’écrire des fictions inspirées de la misérable réalité dans laquelle il est pris. Mais incapable de trouver un sens à son travail, il s’échappe lâchement et donne sa place à la belle Schéhérazade. Il lui faudra bien du courage et de l’esprit pour ne pas ennuyer le Roi avec les tristes histoires de ce pays ! Alors qu’au fil des nuits l’inquiétude laisse place à la désolation et la désolation à l’enchantement, elle organise ses récits en trois volumes. Elle commence ainsi : « Ô Roi bienheureux, on raconte que dans un triste pays parmi les pays… »

(..) Comme les récits sans fin de Shéhérazade, dont il s’inspire, Les Mille et une nuits est un projet fleuve, totalement atypique : un effort digne d’une superproduction fastueuse, porté par un réalisateur indépendant qui veut tout à la fois nous entraîner dans des histoires merveilleuses et nous parler de son pays frappé par la crise et puni par l’austérité européenne, le Portugal.
Cette double ambition au bord de la contradiction (rêver ou raconter la mort des rêves), Miguel Gomes s’y confronte en exprimant tous ses doutes au début de L’Inquiet, premier volume des Mille et une nuits. Il se filme même prenant la fuite, reculant devant l’obstacle, renonçant à choisir entre son envie d’être témoin d’une réalité dure ou passeur d’un imaginaire séduisant. Cette sincérité donne le ton : faire un film monumental ne veut pas forcément dire faire du cinéma armé de certitudes, en bâtisseur ! Les Mille et une nuit accueille la fragilité du geste de filmer comme la fragilité du Portugal, où les certitudes se sont, comme les emplois, évaporées. Tout en nous entraînant dans son odyssée, Miguel Gomes se donne le droit de nous dérouter.
Car il ne choisit pas, en tout cas dans ce volume 1, entre fiction et documentaire : il fait tout à la fois. Il recueille les témoignages de gens brutalement touchés par le chômage et même la misère, et il imagine parallèlement qu’un charme est jeté sur les comptables de l’Union européenne. (…) Le ton fantaisiste est parfois proche d’une fable absurde, et un peu absconse. (...) L’Inquiet qui ouvre ces Mille et une nuits fait résonner le trouble : il est impossible d’être cinéaste au Portugal aujourd’hui comme on l’était avant le grand désastre économique, nous dit Miguel Gomes. La création doit s’ancrer dans une réalité nouvelle. C’est ce mouvement que raconte son film, avec un désir fort : redonner, à travers le cinéma, une mythologie, une grandeur au pays. Les chômeurs qui témoignent s’appellent les Magnifiques. Chacun apporte son histoire et prend ainsi part à un récit plus vaste.

Frédéric Strauss – Télérama


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