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Michael Kohlhaas

Réalisé par Arnaud Des Pallières
France – 2013 – 2h02
Sortie le 14 août 2013
Sélection Officielle - Festival de Cannes 2013

Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l’injustice d’un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit.
S’il ne devait rester qu’un seul plan de ce 66 Festival de Cannes ce serait sans doute celui-là (...). Un gros plan de deux ou trois minutes sur le visage sublime de Mads Mikkelsen qui capte la lumière comme nul autre et qui peut faire traverser dans ses yeux toute la douleur du doute. Deux ou trois minutes sur un seul visage et tout le cinéma qui s’y inscrit. (…) Dans le visage de Mads Mikkelsen repasse alors tout le film d’Arnaud Des Pallières. Sa structure si particulière, son rythme brisé et son montage chaotique prennent sens pour faire de ce métrage âpre et imperméable un objet inédit dans le paysage cinématographique.
(…) Pour Des Pallières qui adapte ici la nouvelle de Heinrich Von Kleist, l’homme aussi puissant soit-il ne peut rendre la justice quelques soient ses motivations. « Pourquoi fais-tu la guerre » lui demande sa fille devant un champ de bataille. « C’est à cause des chevaux » interroge-t-elle ? « Non » lui répond-il. « A cause de maman alors ». « Non plus ». C’est à la Princesse qu’il donnera finalement la raison de sa quête meurtrière. « Je suis un homme de principes ». Au XVIe Siècle, la justice ne peut être que divine. Kohlhaas décidera d’ailleurs de poser les armes après s’être entretenu avec un prêtre qui vient de mettre à mal ses certitudes.
Baigné d’une lumière sublime qui joue sur l’opposition constante entre la clarté de la nature et l’obscurité des intérieurs, Des Pallières parvient à retranscrire avec brio une époque aussi brute et froide soit-elle. Il en fait une ode humaniste où la vie des hommes est assujettie à la furie des dogmes. Le relatif chaos de la structure narrative fait appel à la patience du spectateur, elle désamorce progressivement en lui la résistance habitué qu’il est à un découpage classique. C’est à lui de devoir toujours combler les ellipses, de ne pas uniquement réfléchir en fonction de ce qu’il voit, de comprendre les actes par ce qui les motivent et qui s’expliquent toujours par la progression irrépressible d’un désir de réparation. Déposer les armes c’est prendre conscience. A nous aussi de déposer les nôtres pour accepter l’oeuvre.
Michael Kohlhaas est unique en son genre. Il exprime un peu à l’image de la série Game of Thrones une forme de métaphysique du pouvoir et de la justice personnelle, de l’appétence de l’homme à devenir juge et Dieu à la fois. Le minimalisme de la mise en scène ne répond à aucun canevas connu mais replace toujours l’homme au centre d’un système et d’une hiérarchie qu’il ne maîtrise pas. La grande intelligence narrative du propos fait alors jaillir de ce dernier plan inouï de beauté une profonde émotion qui balaye les présupposés défauts du montage qui rendaient certaines scènes dont celle de l’attaque du premier château assez confuses. La compréhension n’intervient qu’à posteriori comme à la fin d’un roman dense. Michael Kohlhaas est un film littéraire. C’est comme cela qu’il doit s’aborder… avec la rigueur d’une exégèse.
Cyrille Falisse – Lepasseurcritique.com


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