Accueil du site > Évènements > Programmation & animations > Prévisionnement Graines d’Images - Novembre 2013

Prévisionnement Graines d’Images - Novembre 2013

Les salles du réseau se donnent rendez-vous le jeudi 7 novembre pour découvrir 4 films, tous remarqués lors du dernier Festival de Cannes :

  • Le géant égoïste

    Réalisé par Clio Barnard
    Grande Bretagne – 2013 – 1h31
    Sortie le 18 décembre 2013
    Quinzaine des Réalisateurs - Festival de Cannes 2013 / Soutien AFCAE

    Arbor, 13 ans, et son meilleur ami Swifty habitent un quartier populaire de Bradford, au Nord de l’Angleterre. Renvoyés de l’école, les deux adolescents rencontrent Kitten, un ferrailleur du coin. Ils commencent à travailler pour lui, collectant toutes sortes de métaux usagés. Kitten organise de temps à autre des courses de chevaux clandestines. Swifty éprouve une grande tendresse pour les chevaux et a un véritable don pour les diriger, ce qui n’échappe pas au ferrailleur. Arbor, en guerre contre la terre entière, se dispute les faveurs de Kitten, en lui rapportant toujours plus de métaux, au risque de se mettre en danger. L’amitié des deux garçons saura-t-elle résister au Géant Egoïste ?

    Cette révélation de la Quinzaine a plusieurs sources d’inspiration : la littérature, puisqu’il est une adaptation contemporaine d’un conte d’Oscar Wilde, et la vie réelle, celle qui passe à toute allure dans les rues mouillées de Bradford. C’est là, dans le Nord de la vieille Angleterre, que Clio Barnard avait mené des recherches pour son précédent film, un documentaire sur la dramaturge Andrea Dunbar. Là qu’elle avait croisé tout un petit peuple en bottes crottées et blousons sales : les ferrailleurs et leurs petites mains. (...)
    Le Géant égoïste, c’est d’abord une musique. Apre et rocailleuse, au diapason de cet accent du Nord qui fait sonner l’anglais comme une langue barbare. Quelques répliques suffisent pour se sentir embarqué dans cette région sinistrée, où la tristesse des paysages post-industriels finit presque par devenir poétique. Chemins de pluie, ciels bas et gris, briques rouges…
    (…) Dans cette fable tragique, qui évoque aussi bien le Steinbeck de Des souris et des hommes que le Ken Loach de Sweet Sixteen, la cinéaste réussit surtout la gageure d’éviter tout misérabilisme. Sa caméra nerveuse qui saisit, comme un radar, la brusquerie des corps en mouvements, y est pour beaucoup. Mais ses comédiens font le reste : leur espièglerie bagarreuse, leurs élans, leur vitalité emportent tout sur leur passage. Larmes comprises.

    Mathilde Blottière – Télérama

  • The Lunchbox

    Réalisé par Ritesh Batra
    Inde - 2013 - 1h44
    Sortie le 11 décembre 2013
    Semaine de la Critique - Festival de Cannes 2013 / Soutien AFCAE

    Chaque matin, Illa cuisine et se met en quatre pour préparer des plats variés et savoureux pour le déjeuner de son mari. Elle confie ensuite sa "lunchbox" au gigantesque service de livraison qui dessert toutes les entreprises de Bombay. Chaque soir elle attend de son mari des compliments qui ne viennent jamais. Ce qu’elle ignore, c’est que ses "lunchbox", sont remises accidentellement à Saajan, un homme solitaire, proche de la retraite. Conscient de la méprise, Saajan laisse, un jour, un mot dans la "boîte repas". Ila lui répond. Débute alors une relation épistolaire où l’excitation de dialoguer avec un inconnu se transforme en une amitié inattendue…

    (…) Un scrongneugneu qui s’humanise, une épouse délaissée qui se met à rêver : on a beaucoup vu ça au cinéma. Seulement, devant l’inventivité de ce jeune cinéaste indien, tous les clichés s’effacent. Ritesh Batra a vu pas mal de films bo- et ho-llywoodiens, c’est évident, et il se sert de l’exotisme de Bombay pour nous séduire. Pourquoi pas, après tout ? Puisqu’il utilise la beauté des lieux pour créer une tension diffuse et le charme de ses personnages pour créer l’émotion. Ils sont tous attachants , à commencer par l’assistant pot-de-colle du vieux ronchon qui se révèle, peu à peu, plus ambigu que prévu et blésé par la vie. Issus de milieux sociaux et de religions différents, elle lui et l’autre sont unis, en fait, par une même solitude et l’indifférence que le monde extérieur semble manifester à leur égard.
    Tout est sur le fil de la mélancolie, mais une mélancolie euphorisante. Des « feel good movies » comme The Lunchbox on en redemande.

    Pierre Murat – Télérama

  • 2 automnes, 3 hivers

    Réalisé par Sébastien Betbeder
    France - 2013 - 1h30
    Sortie le 25 décembre 2013 (UFO Distribution)
    Sélection et soutien ACID - Festival de Cannes 2013

    À 33 ans, Arman a décidé de changer de vie. Pour commencer il court. C’est un bon début. Amélie poursuit la sienne (de vie) et court, elle aussi. La première rencontre est un choc. La seconde sera un coup de couteau en plein coeur.

    Le film commence avec un barbu déprimé qui fait un footing à Paris, parce qu’il sait pas quoi faire de ses journées. On pourrait s’attendre au pire. Et le pire arrive en effet. Sauf qu’on en rit beaucoup. De ce point de vue là, 2 Automnes 3 hivers est une comédie réussie.
    C’est un film plein de vie, et qui flirte avec la mort. Alors rien d’étonnant à croiser sur une route enneigée le fantôme de papa. Ni de discuter avec l’esprit de sa soeur. De ce point de vue là, 2 Automnes 3 hivers est un film fantastique.
    L’histoire est racontée de manière originale : les personnages parlent parfois à la caméra, citant Eugene Green, Judd Appatow, ou Michel Delpech. Pourtant le film n’est jamais prisonnier de ses références. Sincère, personnel, et sans posture, il suit son chemin. Son apparente simplicité me rappelle les films de Truffaut. De ce point de vue là, 2 Automnes 3 hivers est un beau film.
    Je crois que le sujet du film, c’est le couple. Ce que ça implique d’aimer quelqu’un, et ce à quoi il faut parfois renoncer. Mais peut-être pas. En tout cas, c’est une émouvante histoire d’amour.
    Les moyens. J’imagine qu’il y en a eu très peu. En fait, on ne s’en rend pas compte. C’est même une des réussites du film : la mise en scène est en adéquation avec son économie. De ce point de vue là, c’est une super production.
    Un film, c’est aussi souvent le portrait de son auteur, de ses acteurs, et aussi de tout ce qui échappe au réalisateur, et qui permet de dresser le portrait d’une époque. Et de ce point de vue là, 2 Automnes 3 hivers est aussi un très beau documentaire.

    Namir Abdel Messeeh, cinéaste

  • A Touch of sin

    Réalisé par Jia Zhang Ke
    Chine - 2013 - 2h13
    Sortie le 11 décembre 2013 (Ad Vitam)
    Prix du scénario / Sélection officielle - Festival de Cannes 2013 / Soutien AFCAE

    Dahai, mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son village, décide de passer à l’action. San’er, un travailleur migrant, découvre les infinies possibilités offertes par son arme à feu. Xiaoyu, hôtesse d’accueil dans un sauna, est poussée à bout par le harcèlement d’un riche client. Xiaohui passe d’un travail à un autre dans des conditions de plus en plus dégradantes. Quatre personnages, quatre provinces, un seul et même reflet de la Chine contemporaine : celui d’une société au développement économique brutal peu à peu gangrenée par la violence.

    (…) A côté de Dahai le vengeur, on suit le sort d’un migrant qui vit de meurtres rémunérateurs, d’une femme qui devient criminelle sans le vouloir et d’un presque ado à qui la société refuse tout ce qu’il espère : ce sont ces quatre destins qui dessinent la trame de A touch of sin.
    Dans ses documentaires (24 City) ou ses fictions (Still Life), Jia Zhang Ke a toujours saisi le mal-être de la Chine. Toute son oeuvre repose, donc, sur la mélancolie et la déshumanisation. La mélancolie, on la retrouve chez l’ado de l’épisode 4, moralement harcelé au point de renoncer à vivre. La déshumanisation, elle, est partout. Si ce n’est que le cinéaste l’exprime de façon moins éthérée, moins discrète que d’habitude. Au lieu d’imploser, elle explose. D’où cette certitude : à force d’humiliations, chacun cède à la violence. Pas moyen d’y échapper...
    (…) Le film a pour titre A Touch of sin. Il y aura, donc, sans doute – après le péché –, et le remords et la culpabilité. Mais, ce que décrit le réalisateur, c’est le moment où l’on ne songe qu’à à faire expier aux autres le mal qu’ils ont fait. L’instant où tout bascule. La seconde où l’on accepte de devenir un monstre comme les autres au nom du Bien : des problèmes qui se posent, non seulement à la Chine, mais au monde. C’est l’air du temps qui coule dans les images d’A Touch of sin...

    Pierre Murat – Télérama


Espace adhérents | | @elastick.net