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Rester Vertical

Réalisé par Alain Guiraudie
France - 2016 - 1h40
Sortie le 26 août 2016 (Les Films du Losange)
Sélection Officielle – Festival de Cannes 2016
Soutien AFCAE

Léo est à la recherche du loup sur un grand causse de Lozère lorsqu’il rencontre une bergère, Marie. Quelques mois plus tard, ils ont un enfant. En proie au baby blues, et sans aucune confiance en Léo qui s’en va et puis revient sans prévenir, elle les abandonne tous les deux. Léo se retrouve alors avec un bébé sur les bras. C’est compliqué mais au fond, il aime bien ça. Et pendant ce temps, il ne travaille pas beaucoup, il sombre peu à peu dans la misère. C’est la déchéance sociale qui le ramène vers les causses de Lozère et vers le loup.

(…) La posture des acteurs, le magnétisme qui opère entre leur regard et celui du cinéaste, dont le désir de filmer apparaît ici frais comme au premier jour, y suffisent. Cet érotisme tendu ne se relâchera que par intermittence pour mieux se régénérer, et ce jusqu’à l’étreinte amoureuse ultime, scène d’une intensité sublime où le sexe et la mort fusionnent dans une littéralité jamais vue au cinéma.
(...) Avec une petite poignée de personnages, un nombre limité de décors, Guiraudie multiplie les pistes frictionnelles comme on joue au bonneteau. Désirant Yoan qui lui préfère Marcel, désiré par Jean-Louis dont il fuit les avances, Léo couche avec Marcel pour lui offrir un dernier voyage, tandis que Marie se met en ménage avec Yoan… Entre la Lozère et le gris centre-ville de Brest où Léo part chercher l’inspiration, le récit se déplie comme un collage de moments dont on ne sait jamais trop s’ils appartiennent au registre du rêve, de la réalité, ou du scénario qu’il s’échinne à écrire.
Les embardées fantastiques, les nombreux gags n’empêchent pas la question sociale d’affleurer. D’abord prise en charge sur un mode comique – les coups de fil au producteur pour demander « un petit virement s’il-te-plaît » –, elle se fait oppressante à mesure que la situation matérielle de Léo se dégrade, et que vient le hanter, comme un horizon possible, l’ombre d’un SDF qu’il a croisé au début du film. Les loups menacent, ils avancent en meute, et Guiraudie prend cette idée au pied de la lettre. Dans un final fabuleux, on voit ainsi que face à ces bêtes sauvages, il n’y a guère qu’une attitude qui soit tenable : se tenir debout, bandant, en vie, la tête haute. Rester vertical.


Isabelle Regnier – Le Monde


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