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Une Jeunesse allemande

Réalisé par Jean-Gabril Périot
France - 2015 - 1h33
Sortie le 14 octobre 2015 (UFO Distribution)
Prix de la Scam - Cinéma du Réel 2015
Soutien GNCR

La Fraction Armée Rouge (RAF), organisation terroriste d’extrême gauche, également surnommée « la bande à Baader » ou « groupe Baader-Meinhof », opère en Allemagne dans les années 70. Ses membres, qui croient en la force de l’image, expriment pourtant d’abord leur militantisme dans des actions artistiques, médiatiques et cinématographiques. Mais devant l’échec de leur portée, ils se radicalisent dans une lutte armée, jusqu’à commettre des attentats meurtriers qui contribueront au climat de violence sociale et politique durant « les années de plomb ». Comment Meinhof, Baader, Meins, Hensslin et Mahler, jeunes intellectuels allemands nés dans les années 1940, en sont-ils arrivés à poser des bombes au nom de la Fraction Armée Rouge (RAF) ? Comment une démocratie a-t-elle généré des « ennemis de la démocratie », ainsi qu’Helmut Kohl désigne la RAF dans un discours ?

Le film – un montage français, pourrait-on dire – apporte une réponse en images et en sons. Se tenant à des archives visuelles et sonores, Jean-Gabriel Périot retrace à la fois l’histoire d’une radicalisation et sa réception dans les médias. Ulrike Meinhof, présentée comme « étudiante en pédagogie et rédactrice en chef de la revue Konkret » dans un débat de la fin des années 1960, rétorquera plus tard à l’hôte d’une autre émission : « Analysez plutôt vos propres problèmes à l’intérieur de la télévision plutôt que de vous approprier les nôtres. »
Organisant une tension entre la nature elliptique d’un film de montage et la netteté voire la rigidité idéologique des propos échangés, le film laisse à penser que la répression dans le sang des manifestations d’extrême-gauche provient du refus de la génération née avant 1914 de se voir tendre un miroir sans concession par la suivante. « Nos parents ont perdu leur crédibilité en s’identifiant au nazisme », déclare encore Meinhof dans un débat télé avant de basculer dans la violence. La forme ici choisie rend évidente la manière dont l’escalade de la violence s’est jouée entre deux entités de plus en plus intraitables.

Charlotte Garson – Cinéma du Réel


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